jeudi 26 février 2009

> Francis 1 - Parisot 0


C'est l'histoire de Francis.
Elle est importante, puisque ce fut la sienne.
Francis est commercial, démarcheur dans cette entreprise qui l’a écarté du lieu de travail, par une mise à pied conservatoire depuis dix jours, en attendant l’entretien préalable au licenciement.
L’entretien préalable, le législateur a voulu en faire le dernier salon ou l’on cause.
L’employeur expose ses griefs, le salarié y répond éventuellement. Mais ce dernier doit être mis en position d’y répondre, pour que son interlocuteur puisse « apprécier » la portée des réponses avant de prendre une décision lourde de conséquences.
La « mise à pied » de Francis préfigure la survenue d’un licenciement pour faute grave. Voilà qui sent la poudre. Vous le savez: la faute grave, c’est le licenciement le moins cher, le LIDL des ruptures du contrat de travail.
Nous y voilà. L’employeur indique au salarié qu’il a « …constaté un manque de résultats », que « …les objectifs contractuels des deux derniers trimestres n’ont pas été tenus », que « …les procédures hiérarchiques ne sont pas respectées », que « …des articles du contrat de travail ne sont pas respectés ». Sans rien dire de plus précis. Cul sec.
Quand il sera demandé à l’employeur de donner des précisions pour chaque point évoqué (dates- développement permettant une discussion), il ne donnera aucune réponse.
Record battu : le séjour dans l’abattoir n’aura duré que 4 minutes.
Bien entendu, Francis fut licencié pour faute grave, par une lettre dans laquelle figurait un torrent de griefs… sur lesquels le salarié ne pu s’expliquer.

Que cela plaise ou non, ceci est une histoire vraie, sauf le prénom du salarié.

D’aucuns disent que les procédures des licenciements "tuent l’entreprise", que les salariés deviennent de plus en plus procéduriers. Madame Parisot du Medef écrit dans son livre « Besoin d’air » (Edition du Seuil) : « Nous, les chefs d’entreprises, nous pouvons, au moins pour partie, nous réclamer du rôle qu’endossèrent les instituteurs de la IIIème République (…) Qui mieux que nous peut aujourd’hui dire les contours du monde en train de se dessiner (…) Qui mieux que nous peut l’expliquer, le faire aimer, donner envie d’y participer et d’y contribuer ? (…) De même que les instituteurs ont longtemps détenu et donné la clef de la promotion populaire, nous, les entrepreneurs, pouvons être un moteur essentiel de l’ascension sociale ».

Fermez le banc.
Ce ne serait pas un peu insultant pour les salariés et les instituteurs, tout ça ?

Vous me dites que vous voudriez des précisions sur ce livre.
Voici la Présentation de l'éditeur qui vaut son pesant de cacahuètes: « Ce livre est le fruit d'un long processus de réflexion et de démocratie participative (…) Son objectif ? Offrir aux Français un véritable projet de société à travers le prisme de l'entreprise.(…) Comment faire pour donner aux citoyens, aux entreprises, une plus grande liberté ? Comment offrir à tous les acteurs de la société civile et aux syndicats un espace de responsabilité ?(…) Il est temps de revenir sur certains préjugés (...)Temps aussi de prendre conscience que les chefs d'entreprise sont des observateurs privilégiés de notre société et d'écouter le diagnostic qu'ils nous proposent, sans arrogance, à partir de leur expérience. Pour aujourd'hui et pour demain. »

A la FNAC, le prix de ce livre est passé de 15 à 14,25 €
Sur Amazon.fr, je l’ai vu à 14,25 €, mais attention : LIVRAISON GRATUITE !

En 2006, le futur Premier Ministre d'aujourd'hui sortait chez Albin Michel un « La France peut supporter la vérité ». Tu l’as dit, François ! Mais c’est la tienne où la vérité vraie ?

A vous de jouer. Vous ne voudriez pas que je vous les lise, en plus, non ?

3 commentaires:

Monsieur Poireau a dit…

Question technique : il me semblait que si un "problème" n'est pas évoqué lors de l'entretien préalable, il ne peut plus l'être par la suite, dixit le code d travail ou bien la jurisprudence, je ne sais. Je suis personnellement passé par là aussi, mon patron prétendant détenir une lettre (recommandée !) d'un client mystère se plaignant d'un travail mal-fait mais refusant de me communiquer ce courrier…
:-))

[Ah le Medef, quel humour !!!].

Raphaël JORNET a dit…

Monsieur Poireau,
vous avez tout compris...
et bien entendu, l'affaire fut plaidée... dans votre sens !

Monsieur Poireau a dit…

Raphaël : ah si seulement ! Aux Prud'hommes et avec un dossier vraiment vide et tordu côté employeur, j'ai perdu. Un bien joli jugement sans aucune justification sur le fond (ce qui est quand même étrange mais bon !!!).
J'ai fait appel et fort logiquement gagné !

[Ca a été long, mais long…].
:-))

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